Fraude soupçonnée : les erreurs qui coûtent du temps, et comment les éviter
Thierry Dubois
6 minutes de lecture
Quand on pense avoir été trompé, certains gestes faits dans la précipitation aggravent la situation. Voici les erreurs les plus courantes et la manière calme de les éviter.

Attendre en espérant que cela s'arrange
La première erreur que je rencontre est le silence. Une personne remarque un débit qu'elle ne reconnaît pas, ou comprend après coup qu'elle a cliqué sur un lien douteux, et elle préfère ne rien dire. Par gêne, souvent, ou parce qu'elle se dit qu'elle s'est peut-être trompée. Or chaque heure compte, car une banque peut agir plus facilement quand elle est prévenue vite.
Cette gêne est compréhensible, mais elle n'a pas lieu d'être. Les messages frauduleux sont conçus par des gens dont c'est le métier, et ils trompent des personnes très prudentes. Vous n'avez rien à vous reprocher. Le bon réflexe consiste à traiter la situation comme un problème pratique, avec une liste de gestes à accomplir dans l'ordre.
C'est la raison d'être de notre fiche d'action : elle vous évite de réfléchir dans l'urgence. Vous la gardez à portée de main, imprimée si vous préférez le papier, et vous suivez les étapes une à une, sans chercher qui appeler ni quoi dire en premier.
- Parler tôt vaut mieux que parler parfaitement
- Une erreur de clic n'est pas une faute
- Gardez la fiche d'action près de votre téléphone
Répondre au message suspect ou rappeler le numéro indiqué
Deuxième erreur : répondre à l'expéditeur pour lui demander des explications, ou rappeler le numéro qui figure dans le message. Vous vous adressez alors précisément à la personne qui a monté la tromperie. Elle se montrera très aimable, vous rassurera, puis vous demandera un code ou une validation pour « régler le problème ».
Pour joindre votre banque, utilisez toujours un numéro que vous avez retrouvé par vous-même : celui au dos de votre carte, celui d'un ancien courrier de l'agence ou celui de votre application ouverte normalement. Ne passez jamais par un lien reçu pour atteindre un service d'assistance.
Si quelqu'un vous appelle en se disant de la banque et vous presse d'agir, vous pouvez raccrocher sans vous excuser. Rappelez ensuite par vos propres moyens. Une banque réelle comprend très bien cette prudence et ne vous la reprochera pas.
- Ne répondez pas au message reçu
- Utilisez un numéro trouvé par vos soins
- Raccrocher est toujours permis
Communiquer un code, même pour « annuler » une opération
Troisième erreur, et la plus lourde de conséquences : donner un code de Digipass, une validation itsme ou un mot de passe à quelqu'un qui promet d'annuler une opération. Le raisonnement semble logique : on veut stopper un virement, donc on obéit à la voix qui explique comment. En réalité, ce code sert justement à autoriser le virement frauduleux.
Retenez une règle simple : un code que vous produisez est une signature. On ne signe pas à la demande d'un inconnu, et on ne la dicte jamais au téléphone. Aucun conseiller sérieux n'a besoin de la connaître pour vous aider.
Si vous avez déjà transmis un code, ne vous découragez pas. Contactez votre banque tout de suite, expliquez ce qui s'est passé avec des mots simples, et demandez le blocage de vos accès. Plus vous décrivez les faits avec précision, mieux votre dossier sera traité.
- Un code est une signature personnelle
- Personne n'a besoin de votre code pour « annuler »
- Déjà donné ? Prévenez la banque immédiatement
Effacer les preuves par réflexe
Quatrième erreur : supprimer le SMS, vider la boîte mail ou désinstaller une application pour « faire disparaître le problème ». C'est un réflexe naturel, comparable à celui de ranger une pièce en désordre. Mais ces messages sont des éléments précieux pour la banque comme pour la police.
Gardez donc le message tel quel, avec l'adresse de l'expéditeur, l'heure de réception et le lien intact. Ne cliquez plus dessus. Une simple capture d'écran, ou une photographie de l'écran avec un autre appareil, complète utilement le dossier.
Notez aussi, sur une feuille, ce que vous avez fait et à quel moment : le lien ouvert, les informations saisies, les appels reçus. Ces quelques lignes écrites à chaud valent mieux que des souvenirs reconstitués quelques jours plus tard, lorsque l'on vous posera des questions précises.
- Ne supprimez aucun message
- Faites une capture d'écran
- Notez heures et gestes sur une feuille
Croire que la démarche s'arrête à la banque
Cinquième erreur : penser qu'avoir prévenu la banque suffit. C'est la première étape, indispensable, mais d'autres suivent. Un dépôt de plainte auprès de la police permet de documenter les faits, ce qui est souvent demandé pour le traitement du dossier. Il est aussi utile de signaler le message frauduleux aux services prévus à cet effet.
Pensez également à changer les mots de passe d'autres services liés à la même adresse mail, surtout si vous avez saisi des informations sur une fausse page. Vérifiez ensuite vos extraits de compte de façon régulière pendant quelques semaines.
Notre fiche d'action reprend ces étapes dans l'ordre, avec la mention de qui contacter à chaque fois. Elle ne promet pas un remboursement, car la décision revient à la banque selon les circonstances, mais elle vous garantit de n'oublier aucune démarche.
- Déposez plainte auprès de la police
- Changez les mots de passe liés au même mail
- Surveillez vos extraits les semaines suivantes
Se punir après coup au lieu de se préparer
Dernière erreur : rester sur un sentiment de honte au point de renoncer à la banque en ligne. Je vois des personnes qui, après un incident, retournent à l'agence qui n'existe plus ou demandent à un proche de tout faire à leur place. Je comprends cette réaction, mais elle vous prive d'une autonomie qui peut s'apprendre sereinement.
La meilleure réponse est la préparation. S'exercer avec le simulateur, relire la fiche d'action, repérer les signes d'alerte lors d'un séminaire : tout cela rend les bons gestes familiers. Quand l'inquiétude revient, on sait quoi faire.
À l'automne, les messages se multiplient autour des remboursements et des colis annoncés. C'est un bon moment pour relire calmement ses habitudes, sans dramatiser, en gardant en tête qu'une pause de quelques minutes avant de cliquer vous protège mieux que n'importe quel outil.
- Exercez-vous avant d'avoir besoin d'agir
- Relisez la fiche d'action de temps en temps
- Une pause avant de cliquer vous protège
Les erreurs décrites ici ont un point commun : elles naissent de la précipitation ou de la gêne, jamais d'un manque d'intelligence. Prévenir tôt, joindre la banque par un numéro sûr, ne jamais donner de code, conserver les preuves et poursuivre les démarches suffisent à éviter l'essentiel des difficultés. Gardez la fiche d'action à portée de main : elle vous épargnera d'avoir à décider dans l'urgence.
Thierry Dubois
Conseiller en prévention de la fraudeIl analyse les messages frauduleux les plus courants et rédige les fiches de conseils du site.